Edition ETE 2022

La découverte d’autres horizons

Forme

| Jean Rivier, 47 ans, tétraplégique

En raison d’un grave accident de ski en février 1991, la vie de Jean Rivier bascula. Après huit mois d’hospitalisation, cet homme de cœur, désormais en chaise roulante, décida de faire table rase de son passé pour se reconstruire. Rencontre.


« Avant même d’être transporté en hélicoptère, je savais que j’étais paralysé. Tétraplégique au niveau de la cinquième cervicale. Je suis un cas
particulier, ma moelle épinière n'a pas été sectionnée, mais endommagée. La partie motrice a été atteinte, mais pas le côté sensoriel, ce qui fait que j'ai la même perception de mon corps que tout un chacun. J’ai encore des douleurs dites fantôme dans les jambes, des sensations de brûlures étranges que mon cerveau interprète mal. C’est curieux puisque je ne réagis plus au chaud ni au froid. Les analgésiques sont inefficaces. J’attends donc que cela passe puisqu’il n’y a rien d’autre à faire. »

Pour les autres

Ou plutôt si, mais dans une orientation différente avec le partage généreux de son optimisme et de ses capacités intellectuelles.

Outre son activité de maître secondaire à Cossonay, Jean Rivier se rend ainsi tous les mercredis après-midi au service des urgences du CHUV. Sa présence bénévole est un trait d’union entre le corps médical, l’accidenté et les proches. Par ailleurs, cinq heures par semaine, il enseigne les mathématiques et le français aux prisonniers du pénitencier de Bochuz préparant un certificat fédéral de capacité.

« Mon handicap favorise le dialogue et la motivation avec les détenus. Ils sont les prisonniers de quatre murs, je le suis de mon corps paralysé. Ni eux, ni moi, nous ne sommes libres de nos mouvements. « A quelque chose malheur est bon» dit le proverbe. Mon handicap ? J’en ai fait un atout pour donner un coup de pouce à diverses personnes. »

Autrement

Lors de son hospitalisation, le psychiatre de service avait prédit, sans ambages, à Jean Rivier que sa femme le quitterait. « Elle est toujours là et nous avons le bonheur d’avoir eu des jumelles ; elles ont, aujourd’hui, 15 ans. Tous mes amis répondent présents et j’ai conservé mon job.»

Un sourire enjoué est à la clé de ce propos. S’ensuivent toutefois quelques secondes de silence. Pour un non-dit ? Un instant encore et tout s’enchaîne ensuite dans un rien de précipitation. « Quand je regarde d’anciennes photos où je suis debout, ce n’est plus moi. J’ai fait abstraction de ma jeunesse pour me protéger. Aujourd’hui, je suis une personne assise avec une vie différente… et des objectifs différents.

Jean Rivier a appris à tenir à pleine main un stylo pour écrire, il ouvre désormais les bouteilles d’eau minérale avec la bouche et conduit son Audi A3, avec commandes au volant pour un surcoût de quelque 8 000 francs remboursés par l’AI, d’une main de maître. Il considère que les places de parc réservées aux handicapés sont suffisamment nombreuses mais il regrette que les gens ne respectent pas toujours la consigne. L’impératif se révèle être avant tout la largeur de l’espace afin de pouvoir ouvrir totalement la portière permettant l’accès de la personne à mobilité réduite à son véhicule.

Démarrage. Jean Rivier file-t-il au CHUV puisque nous sommes un mercredi lors de cette rencontre, jour de son participation bénévole aux urgences ? « J’y suis allé hier pour changer. Rappelez-vous ! Nous avions rendez-vous aujourd’hui. La résilience, vous connaissez ? Il faut toujours savoir rebondir et s’adapter. »

 

Claude-Yves Reymond pour Wellness & Santé magazine - printemps 2012

 

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14.03.2012 12:40

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