Edition AUTOMNE 2021

Berlin en pleine effervescence

Allemagne

| Capitale tendance

Terrains vagues à demeure et flèches de grues dans un boom de construction à perte de vue, telle est la décision actuelle urbanistique de Berlin qui n'en finit pas de renaître de ses cendres. Aperçu déjanté puisqu'il est impossible de faire autrement.


Venus du monde entier, les participants du Goethe Institut de Berlin sont mis au parfum, lors de leur premier cours, de l’étrangeté de cette ville avec une série de photos à classer dans l’ordre chronologique. Au XIXème siècle, une gravure représente une nébuleuse de villes et de villages dispersés au centre de la sablière du Brandenbourg. Le tout fut réuni en une mégapole de 890 km2 où l’on case huit fois les vingt arrondissements de Paris. S’entremêlent les clichés d’une guerre de ceux de l’extravagance des années folles, de la crise, d’une autre guerre et de la volonté d’Hitler de faire de cette ville la « Germania » du monde... puis plus rien.

Vraiment rien dans l’émergence des cendres ? Si, un mur. A l’ouest, l’Eglise du Souvenir devient un symbole tout comme le KaDeWe (Kaufhaus des Westens), un grand magasin dédié au bonheur capitaliste de consommer dont le dernier étage de 7000 m2 (le plus grand du monde, la visite s’impose) est dédié à l’hédonisme des becs fins avec 33 000 gourmandises ; à l’est, la tour de télévision du régime communiste tente de rivaliser mais en vain et ce sera la chute en 1989.

Il n’est pas facile de saisir Berlin. Le visiteur n’a pas l’atavisme de l’autochtone qui sait que rien n’est à jamais acquis et que tout demeure, ici, dans une mouvance éternelle. Un charme unique mais un rien déstabilisant.

Pour un après-midi
Perdez-vous donc, vous ne risquez rien, dans le dédale des transports en commun (les distances sont considérables ; ne voyagez pas au noir : les contrôles effectués par des chômeurs banalisés payés à la prime sont sans concession) pour récolter un maximum de morceaux afin de tenter de reconstituer le puzzle.

Voici une piste dans le quartier le plus tendance de la mégapole. Prenez la ligne de métro U 2 (souvent aérien, malgré son nom) pour atteindre Prenzlauer Berg et descendez à la station Eberswalder Strasse. Sous les voies se niche Konnopkes Imbiss, l’un des plus anciens établissements de la ville qui, depuis 75 ans, vend les meilleures saucisses de Berlin. Empruntez la Kastanienallee et n’hésitez pas à entrer au numéro 12 pour découvrir les cours et arrière-cours débouchant sur un petit parc, le Hirschhof. Témoignage de la spéculation immobilière vers 1870, ce complexe d’habitation de 40 sur 130 mètres avait 300 appartements d’une pièce et demi où logeaient environ 2000 personnes parmi les plus pauvres.

Le terme de « renovieren » n’est pas suffisant, celui de « sanieren » s’impose. Quelques exemples de bâtiments entièrement refaits par des yuppies fortunés se trouvent un peu plus loin en alternance avec d’autres toujours délabrés et squattés par les adeptes de la culture alternative (Oderberger Strasse 40 et 44).

Pour satisfaire une petite fringale dans votre balade en zig zag dans le Prenzlauer Berg, faites une pause à la Kiezkantine (Oderberger Strasse 50) ou au Café Entwederoder. (Où ? Demandez l’adresse pour un brin de causette). A moins que l’ancienne brasserie Schultheiss devenue un complexe de loisirs très animé dès la nuit tombée ne vous tente. Appréciez les plaques de rue et les réverbères le long de la Husemannstrasse débouchant sur la Kollwitzplatz avec la statue de Käthe Kollwitz pour un hommage à cette artiste exprimant la misère et la douleur dans ses œuvres. Il y a des tags ravageurs et désespérés : dans cette ville catastrophée financièrement avec plus de 20% de chômeurs, chacun tente d’exprimer son besoin d’identité. Berlin ne rivalise guère avec Munich, Francfort ou Düsseldorf. L’un des arrondissements : Siemens Stadt n’est plus qu’une ombre. Reste le tourisme, un atout maître joué avec raison. Pour quelque(s) chose(s) ? Uniques et originales, le maxi pluriel s’impose.
Pour en savoir plus sur Käthe, il faut filer à l’ouest où se trouve le musée (Fasanenstrasse 24) qui lui est dédié. Le métro à nouveau. Attention, votre exemplaire de SUPERillu (hebdomadaire à ragot devenu culte sous le bras, le must à l’est) risque de faire un peu tache du côté du Kurfürstendamm où l’on continue de lire le Stern.

Pour le lendemain
Friedrichstrasse, Unter den Linden, Alex (pour ne pas dire Alexander Platz, toujours un no man’s land), les Pierres de l’Holocauste et le Reichstag sont au programme. La verrière de 3000 m2 de la coupole de ce bâtiment édifié entre 1884 et 1894, le plus visité à l’heure actuelle, permet une vue panoramique sur Berlin. Se dévoilent ainsi les grues éternelles de la Potsdamerplatz aux édifices futuristes dénommés Sony abritant le Musée du film au concept délirant avec le souvenir de Métropolis, Docteur Mabuse, Marlène et Romy ou Daimler plus pragmatique, des terrains vagues désirés où la nature a repris ses racines et des endroits étonnants à découvrir… tel le Wintergarten Varieté Theater (Potsdamerstrasse 96), un « Cabaret » où le clown Grock faisait déjà recette. Sans blague.

Claude-Yves Reymond
Wellness Magazine Santé 20

 

Infos

Office Allemand du Tourisme en Suisse, Talstrasse 62, 8001 Zurich.
Site officiel : www.berlin-tourist-information.de et www.berlin-tourism.de

Au futur
Le Château de la ville de Berlin sera reconstruit. Le chiffre de 400 millions d’euros est articulé et chacun peut contribuer en achetant une pierre ou plusieurs. Inauguration prévue : le 3 octobre 2015 pour le 25ème anniversaire de la réunification de l’Allemagne.
S’il pleut
Le musée « The Story of Berlin » (Kurfürstendamm 207-208) permet une approche de la ville en deux heures de visite. Plus intimiste, celui du peintre Heinrich Zille (1858-1929) présente des œuvres retraçant l’industrialisation de Berlin et sa population. Un endroit décapant au numéro 11 de la Propst Strasse.

31.01.2011 06:29

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