Edition PRINTEMPS 2019

Mélancolie de Mahler et sérotonine du chocolat

Autriche

| Vienne en douceur

Etre bercé par une symphonie de Mahler, se laisser cajoler avec un massage au chocolat, savourer des pralinés et découvrir un marché aux puces piquant, Vienne a tout pour vous séduire. Maintenant ou jamais.


De fil en aiguille, la capitale autrichienne célèbre les grands compositeurs qui séjournèrent en ses murs. Après Mozart, Beethoven et Haydn, Gustav Mahler (1860-1911) est à l’honneur en 2010 pour le 150 ème anniversaire de sa naissance et l’an prochain pour le 100 ème anniversaire de sa mort.

Déterminé par un sens de l’éthique en matière artistique qui ne souffrait aucun compromis et par une quête incessante de la perfection, Gustav Mahler, juif converti au catholicisme pour accéder à sa nomination, présida pendant dix ans les destinées de l’Opéra de Vienne. Grâce à lui, le chanteur devint acteur, la claque disparut et la musique classique bascula définitivement dans la modernité. L’exposition « Gustav Mahler et Vienne » (Musée autrichien du Théâtre, Palais Lobkowitz, Lobkowitzplatz2, http://www.theatermuseum.at/) retrace le rôle que la ville et ses institutions, le venin des critiques notamment, jouèrent dans la vie et l’œuvre du compositeur. Superbe muséographie.

Gustav Mahler

L’angoisse

Gustav épousa une femme fatale, souffrit de ses frivolités, s’allongea sur le canapé de Freud… et son œuvre la plus connue demeure l’adagietto de sa cinquième symphonie, la bande-son du film « Mort à Venise » mis en scène par Visconti. C’est la fascination platonique – et sans équivoque - d’un homme âgé ébloui par un adolescent androgyne, un idéal de plastique éthérée à laquelle le personnage principal (librement inspiré de Gustav Mahler) tenta désespérément toute sa vie de donner expression dans ses créations. Dans le même registre, faites un saut au Hofburg (www.hofburg-wien.at) dont six salles sont consacrées à Sissi. Excellent labyrinthe du mythe figuré par Romy Schneider à la réalité de l’impératrice consacrée malgré elle : son aversion de la cour, ses poèmes « appels au secours », la souffrance d’une dépendance anorexique tragique et le refuge recherché dans le culte de la beauté.

Le surf « sérotonine » 

Basta les remises en question de sa vie toute entière ! Auf Wiedersehen le vague à l’âme de Gustav et d’Elisabeth et vive la sérotonine ! Vienne sait rendre les gens heureux avec une profusion de confiseurs et autres chocolatiers tous aussi renommés les uns que les autres.

Commençons par le plus célèbre : Sacher (Philharmonikerstr. 4, http://www.sacher.com/). « Très souvent, des clients nous demandent pourquoi notre fameuse tourte s’appelle Sacher, confie Brigitta Hartl-Wagner, responsable du marketing de ce palace. Tout simplement parce que son créateur s’appelait Franz Sacher. Sa création date de 1832. Aujourd’hui, cinquante collaborateurs mettent s’affairent pour confectionner quelque 360 000 tourtes par année. Tout est fait à la main, il faut 1,4 millions d’œufs, des tonnes de chocolat et sans oublier la confiture d’abricots. La recette est déposée dans un coffre-fort ».

Le couple de la table à côté ne perd pas une miette du propos de la déléguée commerciale. Lorsque celle-ci s’en va, une confidence murmurée s’élève dans un silence soudain des conversations : « Celle de ma mère est meilleure, moins sèche même avec de la crème. » Chut !

L’hôtel Sacher dispose bien évidemment d’un spa proposant des soins exclusifs au chocolat. Laissez-vous tenter, dans un décor avenant et de bon goût, par cette expérience de luxe au prix haut de gamme ! C’est glamour, la senteur des essences de cacao vous enveloppera toute la journée… et ce n’est pas Shalimar

Autres passages obligés : le Café Imperial où Mahler passait des heures à entretenir son cercle de relations permettant son ascension. La petite histoire ne dit pas s’il y dégustait une tranche de tourte, spécialité, elle aussi, de la maison. Demel (Kohlmarkt 14, http://www.demel.at/) fait également partie du lot traditionnel. Les touristes y vont pour le décor mais les Viennois boudent l’endroit. L’entreprise a été rachetée par un roi du kebab… et l’on murmure que cela n’est plus comme avant. Mais alors où aller ? Donnez votre langue au chat !

Demel Vienne

 Adresses privilégiées

 Les autochtones se sont rabattus sur Schokoladekönig Wolfang Leschanz (http://www.leschanz.at/). Un grossiste important avec une production de 10 tonnes de chocolat par année et qui vient d’ouvrir une boutique au numéro 1 de la Freisingergasse. Juste 30 m2 dans un cadre authentique pour proposer des boutons en chocolat (l’échoppe était autrefois une mercerie), des plaques à 60% de cacao aux pétales de roses ou de violettes confites et des langues de chat rappelant toutes les émotions de son enfance. Le tout est joliment présenté dans des emballages rétro. « Désolé, je n’ai vraiment pas de place pour mettre quelques tables pour un café, confie Wolfgang Leschanz. Chez moi, on vient pour le chocolat, les tourtes et les boules Mozart… à déguster chez soi. »

 Chez Xocolat Manufaktur (Servitengasse 5, http://www.xocolat.at/), cette dernière gourmandise bien connue n’a pas eu la faveur de confection de cet artisan fier de ses quatre enseignes. « C’est en raison de la connotation de production industrielle dévolue aux supermarchés. Nous préférons notre œuf. Avec une vraie coquille et dont l’intérieur est fourré de chocolat et de massepain. », précise le directeur Werner Meisinger.

Ouvert depuis février, ce récent laboratoire-magasin vise aussi le créneau des truffes en neuf déclinaisons, au thé de jasmin ou au yuzu (sorte de citron) par exemple, et le lancement hebdomadaire d’une nouveauté. Il est permis de ne pas se régaler des sticks aux oignons rôtis.

Digestion

Chaque samedi matin de 6 h 30 à 18 h, le Nashmarkt, véritable institution viennoise, s’étend le long de la Wienzeile avec ses étals « fruits, légumes, viandes, poissons, produits exotiques et autres friandises » sans oublier ses puces en provenance des Balkans ou des pays de l’Europe de l’Est.

Naschmarkt Vienne

Sur son stand, Gegenbauer (http://www.gegenbauer.at/) propose, depuis 1929, 60 sortes de vinaigre en guise d’assaisonnement de crudités, de digestif après un repas lourd ou en formule désintoxiquante. Un succès qui lui permet de n’ouvrir qu’à 9 h… puisque que trois gouttes hors de prix suffisaient à réveiller les belles d’autrefois en proie à quelques vapeurs. L’ « Edelsaurer » se boit en digestif lorsqu’on a mangé trop de chocolats. Ceux de chez Fruth (Kettenbrückengasse 20, http://www.fruth.at/), par exemple.

Dans ses contrastes pittoresques, Vienne ne manque vraiment pas de douceurs et de charmes piquants.

Claude-Yves Reymond

 

Infos

Office national autrichien du tourisme, Zurlindenstrasse 60, 8036 Zurich, tél. 044 457 10 40

www.austriatourism.com/ch

http://www.wien.info/

 

08.02.2011 12:19

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